Le loup garou de la Guérinière

 

Entre Moncoutant et Courlay, au gué de la Guérinière jadis, existait parallèlement à la route,

une étroite passerelle en pierres que les piétons empruntaient. Un domestique, François G… y arrivait un soir,

quand il aperçut devant lui, barrant le passage, un animal qu’il jugea devoir être un loup. Il fallait bien passer.

Le ruisseau était trop gros pour qu’il tentât de le franchir, il prit par la passerelle. Brave et fort comme il l’était,

qu’avait-il à craindre d’un loup vulgaire, timide devant qui n’a peur de lui ? Il avança, prêt à la lutte s’il le fallait,

son couteau grand ouvert au poing, couteau qui avait été béni le jour des Rameaux. L’animal recula. Mais,

sitôt le passage franchi, traîtreusement, il s’élança sur l’homme, si brusquement que celui-ci ne put faire usage de son arme.

Un combat furieux s’engagea entre les deux adversaires, où chacun déployait ses forces décuplées par l’énergie qu’on a quand la vie

est en jeu. Ils tombèrent dans la boue, en poussant, l’un des cris, l’autre des hurlements de rage, se mordant, se déchirant,

sans répit ni miséricorde, un long quart d’heure durant. Enfin, l’homme eut le dessus. Il serrait le loup si fortement à la gorge

que celui-ci en râlait, presque étranglé. A cet instant, le loup parla, révélant ainsi qu’il était un loup-garou.

Difficultueusement, il lâcha dans un souffle : « Fais‑moi grâce, tu n’auras pas à t’en repentir ». Le vainqueur desserra le

collier de ses doigts d’acier et le laissa partir. Il ramassa son couteau et continua son chemin. A la croisée de la Forge,

la bête retomba sur lui, sans qu’il ait pu savoir d’où elle venait. Nouvelle lutte aussi acharnée que la précédente, et dans laquelle encore,

il triompha. Cette fois, le loup‑garou battit en retraite avant d’être à la merci de son adversaire. rançois G… ivre de fatigue, avait

hâte de rentrer chez lui et marchait à grand pas, les yeux fixés sur les feux de Moncoutant, tout proche. Le loup‑garou, pour la

troisième fois, tenta de l’arrêter. Cette fois, il était prêt, son couteau s’enfonça dans le corps du possédé, en sortit prêt à frapper encore.

Ô prodige ! La bête s’était changée en homme, et lui, François G… le domestique, reconnut un de ses voisins. « Tu m’as vaincu »,

dit le blessé ; « c’est la destinée, je te pardonne. Mais souviens-toi que si tu racontes ce qui vient de se passer,

tu périras d’ici peu ».François rentra chez lui, couvert de boue, les habits déchirés, les mains et le visage en sang. Il se coucha,

son sommeil fut agité, toute la nuit il délira. Le lendemain, pressé de questions sur la cause de son état, il ne put s’empêcher

de raconter son combat avec le loup-garou et il eut tort de nommer celui qui l’avait attaqué. Dès lors, comme si une malédiction

s’abattait sur lui, l’appétit lui manqua, il ne dormit plus, son visage coloré se décolora de jour en jour un peu plus. Il mourut de consomption*

dans l’année, lui, que nous connaissions si florissant de santé, si débordant de vie.

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