Le chêne de la forêt de Chizé

Il s’agit d’un chêne qui a grandi en développant depuis sa base, sept troncs -- ou sept branches -- approximativement de même grosseur. Aujourd’hui, la grande tempête de fin décembre 1999 ayant procédé sur lui à une ablation sauvage, il n’en compte plus que six. A la base, les troncs forment une sorte de vasque que la tradition orale appelle « la baignoire de Mélusine », voici pourquoi :

La légende raconte que la fée Mélusine, tous les samedis, se transformait en femme serpent. Le haut de son corps restait celui de la fort jolie femme qu’elle était, mais à partir du nombril, « il prenait forme serpentine couverte d’écailles ». Lorsqu’elle était ainsi transformée, il fallait absolument qu’elle se baignât, sinon elle risquait de mourir.

Un vendredi soir, alors qu’elle venait de terminer la construction du château du Coudray-Salbart, elle avait tant travaillé que tout son corps était rompu de fatigue. Elle était si fatiguée qu’elle avait hâte de trouver un endroit tranquille pour s’y reposer. Elle se dirigea à travers les airs par-dessus les champs et les bois vers la forêt de Chizé et se posa dans une clairière. Elle s’assit sur un tronc d’arbre abattu, puis se laissa aller à la méditation. Elle pensa qu’il lui faudrait trouver au plus tôt un endroit où faire ses ablutions, « car nous sommes vendredi soir et samedi commencera dès après minuit », se surprit-elle à dire tout haut. Il lui faudrait donc chercher ce point d’eau sans trop tarder… mais elle se sentait si lasse… si lasse… C’est alors qu’elle aperçut, sur le sol de mousse, sept glands disposés en rond. Elle s’adressa à eux en ces termes :

- Allez-y, poussez donc bien vitement chers petits glands, faites-moi des chênes tout en rond, oui tout en rond… Après cela, nous verrons… oui, nous verrons…

Les glands se mirent à s’enfoncer dans l’humus, s’empressèrent de germer puis de forcir et de pousser, si vite et si bien que les sept troncs se sont intriqués les uns dans les autres à leur base pour former une sorte de vasque de bois. Une eau claire et pure commença à sourdre entre les racines pour venir remplir la vasque. La fée bâtisseuse montrait là qu’elle avait bien plus d’un tour dans son sac.

A minuit, le bain de Mélusine était prêt et s’il y avait eu des témoins en forêt de Chizé ce samedi là, ils auraient pu voir une superbe jeune femme aux longs cheveux blonds qui prenait son bain dans une curieuse baignoire naturelle faite de sept chênes disposés tout en rond. Il aurait suffit de s’attarder un peu pour constater qu’elle présentait au bas de son corps, en lieu et place de ses jambes, une bizarre et longue queue de serpent qu’elle agitait dans l’eau de temps en temps.

Une fois encore, la légende de Mélusine donne une explication sur l’origine de ce curieux chêne à sept branches que les gens de la contrée de Chizé ont coutume d’appeler « les sept chênes ».

Créer un site gratuit avec e-monsite - Signaler un contenu illicite sur ce site

×